Article 16 : Des Açores à Gibraltar

Après une dizaine de jours passés aux Açores, la team reprend le large pour rejoindre la Méditerranée. Arriveront ils à survivre aux orques ...?

Jules

6/27/20257 min read

Ça y est nous voilà arrivez aux Açores ! Après presque 18 jours de navigation aux conditions parfois difficiles à cause de la houle et du vent nous n’avons qu’une hâte : remettre les pieds sur terre et profiter des Açores !

Nous arrivons au port de Horta sur l’île de Faial. Même si la météo est plutôt nuageuse et humide, la soif de découverte des paysages verdoyants et des volcans nous fait chausser les baskets pour partir à l’aventure sur cette île. Nous récupérons Alice, la copine de Faustine qui nous rejoint pour une dizaine de jours histoire de découvrir les Açores avec nous.

Aussitôt Alice récupérée, nous commençons par découvrir le Capelinhos, un volcan qui est sorti de l’eau au Nord-Ouest de l’île et qui grâce à son éruption s’est rattaché à Faial. Le décor est à couper le souffle, la zone est encore recouverte de cendres, et nous avons l’impression de faire nos premiers pas sur la lune.

Le lendemain, nous partons pour la principale attraction de l’île : La Caldeira. La Caldeira est un cratère au milieu de l’île, profond de près de 500m et dans lequel la végétation a peu à peu envahi les lieux. Le lac au fond du cratère est surplombé par une végétation luxuriante puisque cette Caldeira concentre à elle seule près des 2 tiers de la flore des Açores ! Nous profitions d’être au-dessus des nuages pour prendre un bain de soleil et faire le tour du cratère en marchant (voire en courant) pour nous dégourdir les jambes après ces 17j en mer !

Avant de reprendre Tiboulen pour rejoindre Sao Miguel, la deuxième île des Açores sur laquelle nous allons passer les 10 prochains jours, nous n’oublions pas de laisser notre logo sur les pontons de Horta. En effet, Horta est le point de passage obligatoire pour tous ceux qui font la Transatlantique retour et la tradition veut que tous les équipages qui posent le pieds sur l’île de Faial dessinent leur logo sur les pontons afin de laisser une trace indélébile (ou presque) de leur passage…

Nous repartons donc après 3 jours de repos et de découverte d’Horta pour notre prochaine destination : Sao Miguel. Ici, c’est Lise Marie, la sœur de Benjamin qui nous rejoindra. La navigation est très calme, nous naviguons au moteur pendant les 30h et avons même la surprise de croiser la route des Baleines ! Le spectacle est magnifique, elles nagent à quelques mètres et nous laissent les contempler pendant de longues minutes.

Une fois arrivés à Sao Miguel, nous récupérons Lise Marie, louons une voiture et partons à la découverte de la plus grande île des Açores ! Le hasard fait que le jour de notre arrivée est le début de la fête en l'honneur du Saint-Christ des Miracles à Ponta Delgada, la plus grande fête religieuse des Açores. Des milliers de pèlerins viennent à Ponta Delgada pour la procession autour de l’image du Christ qui protège l'île du danger sismique. A cette occasion, la ville est décorée de fleurs, il y a de la musique et même des illuminations la nuit. Ponta Delgada nous accueille donc chaleureusement et cela ne présage que du bon pour la suite.

Même si notre corps ne s’est toujours pas adapté au changement d’heure et que nous avons tendance à être décalés, nous nous forçons à mettre un réveil le matin pour profiter au maximum des trésors de l’île. Entre randonnées autour des cratères des différents volcans, balades entre les lacs, après-midi football ou rugby, détente sur les plages de sable noir et baignades dans les sources d’eau chaude, le programme est bien chargé ! Nous profitons d’une météo clémente, voire chaude pour l’archipel, pour flâner dans les différents villages et profiter de la gastronomie locale.

Toute l’équipe se repose, reprend des forces et profite de la terre car le créneau météo se confirme pour un départ le 31 mai. Mais l’équipe change un peu. Alice nous quitte pour retourner en Espagne et notre capitaine préféré Simon doit retourner travailler. C’est le cœur lourd et la tête remplie de souvenirs que nous lui disons au revoir et le remercions pour ses moments inoubliables que nous avons partagés lors de la transatlantique. L’équipe pour rejoindre la méditerranée est donc composée de Ben (le nouveau capitaine), Faustine, Marine, Jules et Lise Marie qui reste avec nous pour la navigation et nous quittera en Espagne.

C’est donc après une dernière journée logistique, qui jongle entre lessives, avitaillement et rangement du bateau que nous prenons le large pour rejoindre Gibraltar et faire notre retour en Méditerranée !

La météo est très bonne et les éléments sont avec nous pour cette navigation. Nous avons un vent idéal, principalement au travers avec très peu de houle. Cela nous permet d’être confort dans le bateau, de pouvoir cuisiner des plats élaborés sans trop de difficultés et de ne pas (ou presque pas) avoir le mal de mer. Nous naviguons dans ces conditions pendant 7 jours et nous rapprochons de notre première difficulté majeure : le détroit de Gibraltar.

L’entrée en Méditerranée par le détroit de Gibraltar doit être millimétrée. Il faut qu’il y ait du vent arrière ou alors peu de vent de face. Nous devons aussi prendre en compte les marées, qui sont très importantes car génèrent un courant allant jusqu’à 3 nœuds qui peut être favorable ou complètement défavorable, en fonction de la marée montante ou descendante. Enfin, nous devons anticiper les attaques d’orques qui sévissent depuis quelques années. Nous analysons donc les cartes des marées et des attaques d’orques et optons pour la stratégie suivante : nous longerons la côte espagnole de Cadix à Gibraltar, pour rester dans la zone des 20m de fond où les orques n’attaquent jamais. Nous partirons de Cadix 4 heures avant la marée haute pour profiter du courant qui remplit la méditerranée et donc nous poussera en direction de Gibraltar. Le vent annoncé est très faible ce qui ne devrait pas ralentir notre progression au moteur.

Le plan parait presque infaillible et c’est sereinement que l’équipe se dirige vers Cadix. Mais cela était sans compter sur nos amis marins... Tout à coup, des ombres surgissent de tous les côtés. Nous ne voyons d’abord que de grosses tâches noires se déplaçant rapidement sous l’eau puis voyons quelques ailerons de gros mammifères marins à la surface. Tout le monde retient son souffle : ça y est les orques sont là. Aussitôt, nous réagissons :

- Tout le monde à son poste, je prends la barre ! s’écrie Ben le capitaine

- Parée à enrouler les voiles ! répond Faustine

- En attente d’instruction pour communiquer à la VHF ! annonce Jules

- Prêtes à faire du bruit pour les faire fuir ! disent Marine et Lise Marie.

La pression est à son comble, nous avons tous vu ces tâches noires autour du bateau, qui nagent derrière le bateau et se rapproche des safrans. Ces ombres rapides et effrayantes se rapprochent de plus en plus dangereusement quand tout à coup :

- Fausse alerte les gars ! Ces orques-là n’ont pas de tâche blanche. Ce ne sont pas des orques, mais des pseudorques. J’ai vu un article sur eux la dernière fois, ils n’ont jamais attaqué de bateau ! On reste en alerte mais a priori rien n’est à craindre :)

Et en effet, après une dizaine de minutes à tourner autour du bateau et à jouer autour de nos safrans, ces mammifères d’un mélange entre le dauphin et l’orque s’en vont rejoindre leur groupe et nous laissent tranquille. Tout le monde reprend sa respiration et nous reprenons le cap direction Cadix, rassurés mais toujours à l’affût du moindre mouvement autour du bateau.

C’est finalement sans encombre que nous rejoignons les côtes de Cadix et que nous passons le détroit de Gibraltar. C’est la fête du cargo, le courant nous pousse à 8 nœuds entre les filets des pêcheurs et les cargos. Nous contemplons les côtes marocaines et espagnoles. Quel plaisir de voir ces bouts de terre après cette semaine en mer !

La météo en Méditerranée n’étant pas très favorable à la navigation jusque dans les baléares, nous décidons de nous arrêter au port de Motril, dans le sud de l’Espagne, pour temporiser 2 ou 3 jours le temps que le vent puisse nous porter jusqu’à Formentera. En attendant, nous visitons Grenade, profitons du soleil espagnol et Lise Marie nous quitte ici, pour retourner passer ses examens de médecine à Marseille.